La souffrance ordinaire du côté obscur de la musique

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Affiche Zorra 2019 no clar

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«L’Odyssea de ZORRA» par Jean Genest

(Suite: Le 1er cours de Zorra avec «Doktor» Burton)

Je travaillais très fort afin de ne pas décevoir Docteure Burton. Luigi était toujours à côté de moi dans mon esprit. Elle n’en savait rien. Il m’encourageait. Elle me décourageait. Je rejouais avec plaisir les extraits des symphonies de Beethoven qu’il m’avait apprise. Pour notre première leçon, je décidai de jouer la modestie. J’essayais d’être bien en ordre. Le rythme bien précis, une intonation impeccable. Pas de débordements, pas d’émotions…

Elle ne trouverait rien à redire. Être fugitive vous entraîne à être un caméléon.

J’arrivai au cours bien préparée mais quand je jouais tout semblait mauvais. Elle avait à redire sur tout, absolument tout.

– Reprenez ce passage, fit-elle

Je repris le passage puis, encore

– Reprenez! Non, ce n’est pas assez précis, c’est mou.

Je repris plus «chirurgical»

– Non, vous ne faite aucun effort.

Je n’arrivais pas à voir ce qu’elle cherchait et ça continua comme ça, sur un seul passage, presque toute l’heure. J’étais à bout, j’éclatai en larme. Puis je sentis de la satisfaction dans sa voix. Alors je compris. Ce n’étais pas la musique qui l’intéressait mais moi. Elle voulait me briser pour me reconstruire.

Elle avait ses règlements stricts : pas de Jazz, pas de garçons, pas de sorties.

Ça a continué pendant des semaines. Je pleurais plus rapidement, lui donnant satisfaction. Au début je sortais de don bureau l’esprit vide. Puis ma motivation s’étiolait. Mon jeu devint parfait, comme un animal mort et empaillé. Et c’est là le pire: Luigi a disparu de mon esprit. Docteure Burton l’avait tué une deuxième fois.

Presque 3 ans se sont écoulées sous ce régime. J’obtenais des engagements à l’orchestre. J’arrivais au bout de ma formation, au bout de ma torture. Mais je n’avais qu’un seul désir : tout laisser tomber à deux pas de la fin.

Un jour, dans un bar, je fis la rencontre de ce vieux pianiste alcoolique, il s’appelait Janvier. Il jouait là depuis toujours et parlait de tout et de rien.

Si son jeu au piano semblait décousu comme son discours, j’adorait sa façon de jouer. C’étaient des images qui sortaient de sa bouche. Il me redonnait cette étincelle de vie que j’avais perdue. Son discours était semblable aux sons de la forêt ce qu’Elizabeth appelait le chaos. Les singes hurleurs ici, les perroquets là et des insectes bruyants partout. Puis le son de la rivière et derrière celui de la cascade, son rire. Le vent dans les feuilles et plus haut dans la canopée. Je me laissait bercer par cette symphonie de n’importe quoi. C’était…la vie comme la forêt quand j’étais petite. Tout ce bruit coulait sur moi comme une fraîche douche sous une chute d’eau.

Il ranimait en moi l’enfant curieuse que j’étais et ramenait la vie en moi après le langage glacial et méthodique de ma professeure, Fräulein Burton.

Je lui faisait part de mon désarroi, mon enfer universitaire de 3 ans.  

Ça le faisait bien rigoler. Il me parlait de ses professeurs, de pédagogie noire et d’une psychanalyste célèbre qui avait analysé cette triste méthode «d’éducation». Jamais on n’avait réussit à tuer en lui le plaisir de la musique. 

Il mit sa main sous la mienne et me regarda droit dans les yeux.

«Zorra, Zorra, n’oublie-pas qui tu es et vas au bout de tes rêves, SANS CONCESSIONS. Si tu y va à moitié, ils te détruiront, ils auront gagné.»

Tout ça avait tellement de sens. Soudain Luigi revint dans mon esprit. Là j’ai pleurer toutes les larmes de mon corps

On pourrait croire qu’il disait n’importe quoi tant dans son discours que dans sa musique mais c’était faux. Tout se tenait, tout avait une signification, tout était dans tout.

Je lui remis l’invitation pour mon récital final et il me répondit qu’il serait là

Je le remerciai et rentra chez-moi décidée. Tout mes doutes avaient disparu. J’étais décidé à aller au bout de ma quête et je me sentais prête, chargée à bloc pour mon récital final.

Fräuhlein coconut était soudain passée de géante à minuscule.

Le jour de mon récital, je me rendis au bar pour remercier Mr Janvier. En arrivant au bar, je le demandai mais personne ne le connaissait. Le piano avait même disparu. Il n’y avait jamais eu de piano dans cet endroit me dit-on.

Mais, avait-il vraiment existé? Était-il un esprit messager? Et là j’entendis rire en moi Monsieur Luigi, Mr Janvier et le bossu de Houston qui, quelque part en dehors du temps, prenaient sans doute un verre à ma santé.

La cour des miracles m’entourait à nouveau et ne m’avait jamais quitté.

 

à suivre «Le grand concert final de la maîtrise de Zorra, reçue ou renvoyée?»

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